Il aurait eu 100 ans 2020 : Boris Vian

             Boris Vian                          Il aurait eu 100 ans en 2020 : Boris Vian

                                                                                           (10 mars 1920 - 23 juin 1959)

 

 

Au cours de l’année universitaire 2019-2020, un petit groupe d’adhérentes s’était formé pour rendre hommage à cet ingénieur formé à l'École centrale devenu écrivain, poète, parolier, chanteur, critique musical, trompettiste de jazz, mais aussi scénariste, traducteur (anglais américain), conférencier, acteur, peintre… Malheureusement, la pandémie s’en est mêlée et ce panorama de la vie et de l’œuvre de Boris Vian n’a pu être présenté que début février 2022.

Pour entrer dans l’univers de Vian, on peut utiliser 3 clés : dès la plus tendre enfance, il baigne dans la culture, les mots, la langue, la musique. Dès l’enfance également, voire dès la naissance, il souffre de pathologies graves, cardiaque et pulmonaire. Sans doute conscient que le temps lui est compté, il s’emploie à vivre plusieurs vies à la fois, le plus rapidement possible. Enfin, comme arme contre l’angoisse, il choisit l’humour et le plus souvent l’humour noir. Ce qui ne l’empêche pas d’être un merveilleux poète.

Au cours de la soirée ont été lus des extraits de plusieurs de ses romans :

-          A propos de son manque d’intérêt pour des études qui sont loin de le passionner : L’herbe rouge

-          Sur  le jazz : L’Ecume des Jours (Le Pianocktail)

-          Poésie Cent sonnets, Sansonnets : Ballade pessimiste

-          Ecrit pour Michèle : Conte de fées à l'usage des moyennes personnes dont Alfred Jabès dit Bimbo, signe les illustrations.

-          L’Écume des jours : les dernières pages « la petite souris »

-          Vernon Sullivan : J'irai cracher sur vos tombes

-          Vian au Tabou : textes de Beauvoir et Semprun 

-          L'Automne à Pékin

-          Vernon Sullivan Et on tuera tous les affreux 

-          L'Herbe rouge

-          Cantilènes en gelée, recueil de poèmes illustré par Christiane Alanore

-          L'Arrache-cœur, son dernier roman.

-         A propos de la chanson Le Déserteur : L’évadé (poème)

-         Je voudrais pas crever

 -        Texte de Prévert écrit à la mort de Boris

 

Un peu déstabilisante au prime abord, la lecture des textes de Vian devient vite addictive dès qu’on entre dans son univers linguistique. 

Texte majeur de son œuvre, l’Ecume des jours nous donne le mode d’emploi.

Le texte est truffé de trouvailles linguistiques mises au service d’un récit qui se déroule dans un monde onirique. Vian tourne le dos au réalisme et fait la part belle à la poésie, l’absurde et l’humour noir.

« L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre » dit-il.

Dans L’Écume des jours, les serviettes sèchent parce qu’on les fait dégorger avec du sel. La musique, omniprésente, fait changer la forme des pièces d’habitation, en fonction de l’air de jazz que l’on y joue. On rencontre aussi d’étranges appareils, un peu êtres vivants et un peu machines, comme le lapin modifié qui fabrique des cachets chez le pharmacien.

 

Il rejette les conventions, fuit le réalisme, détourne et recrée les mots, par exemple en utilisant la racine ou l’onomatopée pour créer un néologisme dont le sens n’échappe pourtant pas au lecteur. Ainsi, Chloé et Colin ne prennent pas le soleil, mais « l’un près de l’autre, se laissaient insoler sans rien dire », tandis que « quelques bestioles zonzonnaient dans le soleil ».

Il donne un sens nouveau aux mots qui existent, comme lorsque le pharmacien, en se déplaçant, produit un frottis, et non un frottement.

Vian utilise aussi des expressions toutes faites et les prend au pied de la lettre. Ainsi, on trouve un lance-pierre parmi les couteaux et les fourchettes. Un lance-pierre comme couvert ? Bien sûr ! Ne dit-on pas manger avec un lance-pierre ?

 

Enfin, l’humour noir, type d’humour qui doit être d’une rigueur absolue, permet d’évoquer avec détachement des choses terribles ou contraires à la morale. Il est à la fois subversif et absurde. L’humour noir ne fait pas rire aux éclats, il déstabilise.

L’humour noir permet de rendre supportable l’insupportable, de transformer l’horrible en beau. L’humour noir fait rire le désespéré, d’un rire amer.