Textes atelier Ecriture de septembre 2020

L'atelier d'écriture saison 2020/2021
Cette année l’œuvre de Marie-Hélène Lafon sera source d’inspiration pour les ateliers d'écriture
animés par Kyra Gomez (4 ateliers sont prévus)
L’atelier prévu en novembre n’aura pas lieu pour les raisons sanitaires que vous connaissez et sera
remplacé par un atelier courriel (ou par courrier, pour celles qui n’utilisent pas internet).
Pour ce premier atelier d'écriture, nous avons écrit autour de la question du « pays » si cher à MarieHélène Lafon et si présent dans la plupart de ses nouvelles et de ses romans. Son « pays » à elle,
c'est le Cantal : « C'est, ce serait le pays premier que chacun porte en soi, dans ses plis…Une île
volcanique arrimée en pleine terre... » écrit-elle dans le « Pays d'en haut ».
Nous nous sommes inspirés de la forme de son recueil « Album » regroupant des textes écrits à
partir de mots classés par ordre alphabétique et décliné d'Arbres à Vaches en passant par Cochons
ou Pierres pour évoquer le Cantal.
Nous avons donc, à partir du territoire de Belle-Ile, extrait des mots évocateurs pour nous laisser
entraîner dans les méandres de nos pensées, guidés par notre plume, portés par des images. Des
textes ont ainsi jailli, retravaillé ensuite à l'aide de contraintes afin d'expérimenter et de se risquer
vers d'autres sillons que ceux habituellement empruntés.


Voici quelques textes qui ont été envoyés par leurs auteurs :


Immensité
Enfin ! On sort de la ville ! Fini le mur d'en face, sale, gris, noir même, grumeleux parfois,
lépreux souvent, sur lequel bute l’œil. Finies les constructions des hommes sur lesquelles le
regard se pose bien malgré lui, arrêté qu'il est dans son élan.
A nous les grands espaces !
Sur le bateau de l'enfance, la consigne familiale pour ne pas être malade était : « ne regarde
pas en bas, regarde à l'horizon ». Et l'horizon, c'était la mer, loin, très loin, à perte de vue.
Puis l'île, perdue dans cette immensité.
Petit, fini, limité, étriqué, disaient certains, adeptes des grandes villes, ce territoire, ce bout
de terre, ce « caillou » est tourné vers la mer. Allons sur sa côte sauvage et admirons-là,
cette mer. Elle est changeante, elle est bleue, elle est grise, elle est verte, les crêtes des
vagues y rajoutent une touche de blanc.
Le regard se perd vers le large, dans l'infini de cette immensité.
Sylviane


Lumière
Il est sept heures, le gris, et puis le gris rosé, et puis le rose s’intensifie et tout à coup
théâtre...
Un disque rouge surgit, il monte d’une masse argentée, presque métal en fusion, dense,
huileuse, mouvante , parcourue de plissés épais glissants. L'argent se colore aussi,
indéfinissable couleur. Les mots manquent. L’éblouissement se maintient, le disque lampion
de fête s'accroche tout à coup à la silhouette du cyprès en ombre chinoise...........une seconde
de songe, il vole au sommet de l'arbre. La couleur se dissous dans une opalescence de
rêve....
Quelques cumulus se matérialisent, accrochant aussi à leurs formes douces, des
fraîcheurs de jeunes filles. Le quotidien d’un spectacle toujours renouvelé, dont on
anticipe le bonheur d'un autre matin plus somptueux encore .
Mireille


Sable
Sable de Kérel, sable blond, sable fin ou grossier, sable de Donnant si lumineux au couchant,
sable mêlé de maërl aux Grands sables.
On s'y repose, on s'y roule, on s'y vautre, on s'y endort ; on peut même s'y aimer. Les enfants
le malaxent, l'arrosent, le façonnent, en font des châteaux merveilleux, des édifices de rêve
ornés de feuillages, de fleurs, de coquillages.
Qui dit sable dit mer ; elle le transporte, le déplace, l'étale, le disperse au vent, l'emporte au
loin laissant la roche à nu et le rapporte à la marée suivante dans le roulis doux du ressac.
La lune est là qui veille à ce retour de l'eau infatigable, permanent, indifférent aux hommes
et ceci pour l'éternité
Et puis les sables plus lointains, les rouge grenat de Groix, les sables noirs des Açores, les
gris du Cap Vert, si variés car ils viennent de la roche
Sable du désert aux couleurs magiques, immense, infini, glacé ou torride, dangereux pour
les oasis en les ensevelissant.
On y trouve de tout, des bouts de verre, des coquillages, des algues, des ordures et parfois
un squelette…dans la dune de Kérel.
Méfiez -vous du sable !!!
Jacqueline


Vache
A belle île aussi une vache Salers, complémentaire parfaite, orange sur le bleu naïf du
ciel littoral. Elle pose pour le spectateur attendri par son maquillage de star. Le mufle
humide, tendu, bordé de blanc, accueillant, dans un presque sourire. On bouge un peu, et
s’ajoute à la photo parfaite un horizon Prusse et violet, le jaune des ajoncs ,des blancs
d’aubépines.
Et sereine, paisible sans doute heureuse, la vache, pas vache nous contemple.....
Mireille